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Bourgogne - Seurre : Mystère de saint Martin - 1496 En 1496 les habitants de Seurre, près de Dijon, ont mis en scène le "mystère de Saint Martin" spécialement écrit pour eux par Andrieu de la Vigne. Le manuscrit du spectacle contient le récit suivant des préparations et de l'exécution, apparemment composé par de la Vigne lui-même puisque sa signature suit le récit. L'éloge, la gloire, l'honneur et l'exaltation soient à Dieu, à la Vierge Marie, et au patron le plus glorieux de cette ville de Seurre, monseigneur St Martin. En l'année 1496, le neuvième jour de mai, le vigile [veille] de l'ascension, assemblés dans la chambre de Maistre Andrieu de la Vigne, natif de La Rochelle et historiographe du roi, le vénérable et discret messire Oudot Gobillon, le titulaire (vicaire) de l'église St Martin au dit Seurre, l'honorable Aubert Dupuys, Pierre Loiseleur, Pierre Goillot, George Casote, Pierre Gravelle dit Belleville, bourgeois, et Maistre Pierre Rasoyer, recteur des écoles du dit Seurre, lui ont demandé de faire et composer pour eux un texte qui devait présenter et déclarer par des personnages la vie de monseigneur St Martin, de sorte qu'en voyant cela représenté, le petit peuple pourrait facilement voir et comprendre comment le noble patron du dit Seurre a vécu une vie sainte et dévote. Et ce texte a été fait et réalisé comme il apparaît cinq semaines après cette date. Et la dite vie aurait été jouée lors de la prochaine fête de St Martin (le 4 juillet) sans la rumeur de la guerre et du grand nombre de gens d'armes qui sont venus en la dite ville de Seurre, de sorte que le sujet a été mis de côté pour un certain temps. Pour faire cette représentation, les rôles ont été préparés et présentés par ledit Maistre Andrieu, et les dignes personnes suivantes ont été nommées pour distribuer et donner ces rôles aux personnes pouvant les jouer : le noble Guyot Berbis, alors maire de Seurre, le noble Guenin Druet, Robin Joliqueur, et Pierre Loiselleur, bourgeois du dit Seurre qui après de prudentes et mûres délibérations distribuèrent les dits rôles à chaque personne comme la situation l'exigeait, recevant des acteurs le serment requis dans un tel cas pour exécuter la représentation dès que le bon moment sera venu. Après quoi chacun pris soin d'étudier son rôle et d'aller à l'église du dit seigneur St Martin ou à St Michel quand cela était nécessaire pour voir les rites et les façons de faire les choses pour quand elles seraient exécutées en public, ce qu'il n'était pas possible de faire aussi tôt qu'ils auraient voulu en raison des difficultés précitées. Mais quand elles eurent attendu aussi longtemps qu'elles pouvaient, voyant passer le moment approprié pour la représentation, les personnes mentionnées décidèrent que la représentation aurait lieu le dimanche suivant la foire de Seurre, date pour laquelle chacun devait être prêt. Cependant, du fait de nouvelles rumeurs de guerre pendant la foire, il n'était pas possible de jouer le jour prévu. La semaine suivante les vendanges avaient commencé partout et on était forcé d'attendre qu'elles soient finies, sinon il y aurait eu très peu de gens présents. Après tout cela, la bonne intention des dits acteurs de représenter le dit mystère n'a pas été perdue. Les organisateurs et acteurs mentionnés ci-dessus, assemblés à la dite église, décidèrent unanimement qu'ils feraient leur parade le mardi 4 octobre et que la représentation aurait lieu le dimanche suivant, fête de St Denis. Quand cette décision fut prise, les dits acteurs se sont acquités de leur devoir de fournir les accoutrements et habits appropriés. Le noble maire était responsable de voir les estrades installées, dont il avait commencé l'installation avant la dite foire de Seurre, et il a montré beaucoup de soin et une grande diligence pour cela. Le maître des secrets, maistre Germain Jacquet, est venu d'Autun. Quand il est arrivé, le dit Pierre Goillot qui était receveur des deniers pour le dit mystère lui indiqua tout qu'il devait faire des idoles, des trappes secrètes et autres choses. Quand fut venu le jour choisi pour les parades, on proclama par un héraut que tous ceux qui participaient au dit mystère devaient se réunir à midi aux Lombards, chacun habillé de son costume. Une fois la proclamation faite, les dits joueurs assemblés au dit endroit et ont été mis en ordre l'un après l'autre, montés, équipés, armés et ornés si bien qu'ils ne pouvaient être mieux arrangés ensuite. Et il leur fut expliqué qu'ils faisaient une longue procession, que lorsque Dieu et ses anges quitteraient cette place pour marcher les uns derrière les autres, les diables seraient déjà plus loin que la tour de la prison près de la porte de Chamblanc. Leur chemin passerait devant la maison de Perrenot de Pontoux, le long du marché aux chevaux, jusqu'à la maison de monseigneur le marquis près des murs de la ville, et de là le long de la rue principale jusqu'à l'endroit indiqué. Et il y avait un espace d'à peine deux pieds et demi entre les chevaux, et un grand nombre de chevaux. Quand la parade fut passée, chacun pensa pour lui-même, et le vendredi suivant les loges ont été remises aux acteurs pour les garnir de tapisseries, y compris ceux des villages voisins de Seurre. Le samedi, comme le temps était beau, tout le monde prit grande peine à orner les dites estrades. Et quand la tâche fut accomplie, personne ne put se rappeler avoir jamais vu des estrades plus fines, mieux préparées, ornées, garnies, ni si bien proportionnées. Le matin suivant, qui était dimanche, quand ils se préparaient pour la représentation, la pluie tomba si fortement qu'il était impossible de faire quoi que ce soit. Cela continua sans s'arrêter de la troisième heure du matin jusqu'à la troisième heure après le midi, ce qui affligeait beaucoup les acteurs et tout le monde. Et ceux qui était venu des villages alentour décidèrent de s'en aller quand ils virent le temps si changeant. Quand le dit maire et les autres apprirent cela, ils décidèrent qu'une farce serait jouée sur le parvis lorsque le temps se serait amélioré, pour les satisfaire et leur plaire. Aussi, le héraut cria que tous les joueurs devaient aussitôt aller, costumés, à la maison de M. le Marquis et que tous les autres devaient aller au château. Cela ayant été crié d'un côté et de l'autre, chacun fit son devoir. Alors les acteurs furent mis en rang et ils quittèrent la maison de monseigneur le marquis, se suivant l'un l'autre de façon si solennelle que chacun fut très étonné en arrivant sur le parvis. Ils se mirent en cercle de façon appropriée et chacun est alors allé dans sa loge. Les seules personnes laissées sur le lieu du spectacle étaient les acteurs de la farce du Meunier, copiée précédemment [dans le manuscrit], qui était si bien jouée que chacun était enchanté et rien de plus ne fut fait ce jour là. Quand ils quittèrent l'estrade, les dits joueurs se mirent en ordre et au son des trompettes, des clairons, des ménestrels, des instruments hauts et bas, ils sont venus dans la dite église de notre seigneur St Martin pour chanter une prière très pieuse à notre Dame pour que le beau temps revienne et qu'ils puissent réaliser leur bonne et dévote intention de jouer le dit mystère. Dieu les exauça et lundi le jour suivant le temps était très beau de nouveau. Il fut proclamé par le héraut que, par ordre du maire et du conseil des échevins du dit Seurre, toutes les échopes devaient être fermées et que personne ne devait être assez hardi pour faire aucun travail à son métier dans la dite ville pendant les trois jours suivants, pendant que serait représenté le mystère de monseigneur St Martin et que tous les acteurs devaient aussitôt aller à l'église [mostier] du dit Seurre. Aussitôt tout le monde se rendit vers les estrades et les acteurs à leur place, et alors ils furent mis en ordre par le dit Maistre Andrieu qui avait le registre, et ils se disposèrent au bruit des trompettes, des clairons, des buccins, des orgues, des harpes, des tambours, et d'autres instruments hauts et bas qui jouaient tout autour d'eux, jusqu'au dit lieu de représentation où ils se sont mis en cercle comme il est de coutume. Cela était un arrangement si magnifique et somptueux que cela dépassait l'esprit de l'homme pour décrire une chose aussi fine et splendide. Ceci fait, chacun se retira à l'endroit marqué pour lui et les deux messagers ouvrirent la représentation comme il est écrit ci-dessus dans ce registre. Alors Lucifer commença à parler et pendant son discours le costume de l'homme qui jouait Satan et se préparait à entrer par la trappe depuis son souterrain pris feu autour de ses fesses de sorte qu'il fut gravement brulé. Mais il fut si vivement secouru, dépouillé de ses vêtements et rhabillé sans donner aucun signe de douleur qu'il joua son rôle, puis se retira à sa maison. Les joueurs furent très effrayés par cette mésaventure, ils pensèrent qu'un aussi mauvais commencement signifierait davantage d'ennuis. Pourtant avec l'aide de monseigneur St Martin qui prit cela entre ses mains, les choses allèrent cent fois mieux que prévu. Après cela le père et la mère de St Martin avec leurs serviteurs sont venu sur la dite estrade et ont fait un début si plein d'entrain que chacun - les acteurs et l'assistance - a été très étonné et en effet, supprimant cette ancienne crainte, les dits acteurs ont été remplis d'une telle confiance et hardiesse qu'aucun lion dans son repaire ni aucun assassin dans une forêt n'était plus hardi et confiant qu'ils étaient quand ils ont joué. Ce matin là ils ont commencé entre sept et huit heures et ont fini entre onze et douze. Pour le commencement de la session de l'après-midi qui était à une heure le dit Satan est revenu pour jouer son rôle et s'est excusé à Lucifer, puis a accompli sa partie dans cette scène et les autres acteurs après lui, chacun à sa place. Alors ils firent une pause pour aller souper entre cinq et six heures, s'arrêtant de jouer et employant le temps du mieux qu'ils pouvaient. Et quand ils quittère le lieu de la représentation, les dits acteurs se sont alignés comme il a été dit et sont allés à l'église de monseigneur St Martin où ils ont remercié Dieu et ont chanté avec dévotion le salve regina. Le jour suivant qui était mardi et le mercredi, ils sont arrivés et ont quitté la place de la représentation aux heures susdites. Ainsi, comme cela a été écrit, a été représenté le dit mystère du glorieux ami de Dieu, monseigneur St Martin, saint patron de Seurre, si triomphalement, authentiquement et magnifiquement, sans aucune faute au monde, qu'il n'est pas possible pour l'homme mortel de le décrire par écrit aussi bien que cela a été représenté. Terminé le douzième jour du mois d'octobre 1496. |